L’insuffisance rénale chronique

1er Hôpital Universitaire français par sa taille, l'hôpital Pitié Salpêtrière regroupe l'ensemble des activités médicales existantes, hormis la pédiatrie (sauf pédopsychiatrie), la dermatologie, le traitement des grands brûlés.

Hôpital Universitaire Pitié Salpêtrière

L’insuffisance rénale chronique

Il est encore trop fréquent d’entendre des conseils abusifs qui relèvent de croyances concernant l’alimentation des insuffisants rénaux : suppression de la viande rouge, sans sel strict…

Comme dans beaucoup de pathologies chroniques, la nutrition doit être adaptée aux stades de l’insuffisance rénale, aux résultats biologiques mais aussi aux habitudes de chaque patient. Il est donc difficile de donner des conseils sans tenir compte de ces paramètres.

La diététique doit répondre à plusieurs objectifs :

  • Couvrir les apports de base en protéines et en calcium, liés au renouvellement des tissus.
  • Apporter l’énergie nécessaire à chaque individu selon ses besoins, par les lipides et les glucides,
  • Participer à préserver la santé : prévenir les maladies dues à un apport inadéquat de l’alimentation (obésité, diabète, ostéoporose, dénutrition, maladies cardio-vasculaires…)
  • Ralentir l’évolution de l’insuffisance rénale dès les premiers stades de la maladie
  • Pallier au déficit de fonctionnement des reins, dès l’apparition des complications de l’IRC, par un apport adapté de l’alimentation sans discrimination d’aliments
  • Respecter les habitudes alimentaires et culturelles de chaque personne
  • Conserver la convivialité des repas et le plaisir de s’alimenter

 

A – Pour maintenir un bon état nutritionnel, l’alimentation doit être variée et équilibrée, composée des différentes familles d’aliments :1

  • Les viandes, poissons ou œufs : 2 fois par jour
  • Les produits laitiers (lait, laitages, fromages) : 3 par jour
  • Les féculents : céréales, pommes de terre et pain : 3 fois par jour
  • Les fruits : 2 par jour et les légumes : 2 à 3 fois par jour
  • Les matières grasses : à chaque repas en privilégiant celles d’origine végétale
  • Les boissons : seule l’eau est indispensable, à bien répartir dans la journée et à adapter aux besoins individuels
  • La famille des produits sucrés n’est pas indispensable. Souvent source de plaisir, elle doit être consommée avec modération, selon ses propres besoins, son traitement et en fonction de son activité physique.

Un repas est équilibré lorsqu’il est composé d’un aliment de chaque famille indispensable, c’est-à-dire :

  • 1 portion de viande2
  • 1 portion de féculent et/ou pain
  • 1 à 2 portions de légumes verts
  • 1 produit laitier
  • 1 fruit
  • un peu de matière grasse
  • Sans oublier l’eau

Au cours de la journée, il est recommandé de fractionner l’alimentation en plusieurs repas (au moins trois).

B – Pour prévenir les maladies dues à un apport inadéquat, l’alimentation est adaptée à chacun en quantité selon :

  • ses besoins énergétiques en fonction de son activité physique, sa taille, son poids, son âge, son sexe…
  • ses résultats biologiques
  • ses traitements

C – Pour participer à conserver la fonction rénale, la diététique va aider à réguler ou à équilibrer les différents facteurs qui peuvent augmenter la dégradation de la fonction rénale, dès le premier stade de l’insuffisance rénale chronique :

L’hypertension artérielle

En cas d’hypertension artérielle…

L’alimentation, ainsi que la façon de vivre, peuvent contribuer à réguler la pression artérielle

  • Normaliser si besoin le poids, avec l’aide d’un diététicien.1
  • Optimiser l’effet des antihypertenseurs en diminuant l’excès de sel dans la cuisine, en augmentant les aromates et en n’utilisant que modérément les aliments industriellement salés.
  • Varier l’alimentation en apportant régulièrement du potassium et du calcium.
  • Pratiquer une activité physique régulière.

S’il y a présence de protéines dans les urines…

Trois points  sont à surveiller particulièrement :

  • Une bonne observance des antihypertenseurs, actifs sur la protéinurie
  • Une modération de l’apport en sel dans l’alimentation (6 à 8 g de sel par jour)
  • Un éventuel excès d’apport en protéines doit être détecté et ajusté par un diététicien.

La viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers sont indispensables, mais leur apport quantitatif et leur répartition dans la journée seront adaptés au besoin.

 

Si un diabète est associé …

Le contrôle de la glycémie est une mesure prioritaire, capable de retarder l’échéance de l’insuffisance rénale.

  • L’équilibre glycémique : traitement, poids, apport de glucides, lipides et fibres, activité physique, doivent être adaptés au besoin.
  • Une diminution des protéines alimentaires peut être nécessaire, mais doit être réalisée avec l’aide d’un diététicien suivant les apports et les habitudes. L’apport énergétique doit être suffisant afin d’éviter une dénutrition.

 

Et une hypercholestérolémie …

La normalisation du LDL cholestérol (ou mauvais cholestérol) est un facteur de protection rénale mais aussi de protection cardio-vasculaire.

  • Veiller à la qualité des graisses en privilégiant celles d’origine végétale (huiles, margarines) et en augmentant la consommation des poissons gras.
  • Avoir une activité physique régulière.

Si un excès de poids est associé …

  • Les apports énergétiques sont à adapter : lipides, glucides et alcool.
  • Les dépenses physiques sont à augmenter.

 

Si l’acide urique sanguin est supérieur à la normale …

La normalisation de l’uricémie protège les reins, l’apparition des crises de goute et la formation de lithiases urinaires.

  • L’alcool est le premier apport à contrôler
  • S’il y a excès de poids, les apports énergétiques sont à adapter.
  • Les sucres ou glucides doivent être contrôlés en quantité et bien répartis sur la journée. Les aliments riches en sucres simples sont à modérer : les sucreries et pâtisseries, 2 fruits maximum par jour
  • Les aliments riches en protéines sont à bien équilibrer en quantité et à répartir sur la journée.

 

D – Dès l’apparition de complications de l’insuffisance rénale chronique, pour pallier au déficit de fonctionnement des reins, la diététique va aider à réguler ou à équilibrer les éléments suivants :

  • La kalièmie
  • La phosphatémie
  • L’urémie
  • Le calcium
  • Les oedèmes

 

Si le potassium sanguin est supérieur à la normale …

L’hyperkalièmie entraîne des crampes musculaires qui peuvent être très gênantes pour le cœur

La baisse de l’élimination du potassium par le rein nécessite de limiter les apports alimentaires :

Les fruits : maximum 2 par jour (environ 150 g par fruit)

Les légumes et la pomme de terre :

  • une petite part de crudités : salade ou tomate ou concombre, au déjeuner et au dîner
  • Une part de légumes cuits ou une part de pomme de terre (en alternance avec les lentilles ou les patates douces ou les dachines…) une fois par jour.
  • Les faire cuire dans un grand volume d’eau et jeter l’eau de cuisson

Faire attention aux aliments très riches : avocats, arachides, noix de coco, pistaches…. les consommer en petites quantités.

Les conseils diététiques visent un apport en potassium adapté au patient en contrôlant les excès mais en aucun cas, nécessitent la suppression d’une famille alimentaire.

 

Si les phosphates sanguins sont supérieurs à la normale …

Des dépôts de phosphate de calcium dans les tissus entrainent des démangeaisons, un durcissement de la paroi des vaisseaux sanguins…

Le contrôle quantitatif des aliments riches en phosphore participe à l’équilibre du taux sanguin :

Les préparations prêtes à l’emploi du commerce, les fromages fondus, les sodas

Les poissons, les charcuteries, les viandes, le blanc de poulet, la sardine

Les fromages et les produits laitiers

Les céréales complètes, les légumes secs

Ces aliments apportent aussi des protéines indispensables aux patients insuffisants rénaux chroniques. Ils ne doivent pas être supprimés mais bien adaptés en quantité en fonction du besoin.

 

Si l’urée sanguine est supérieure à la normale …

L’hyperurémie entraîne des nausées, des vomissements et un dégout des aliments riches en protéines. La perte d’appétit, la diminution protidique et énergétique peuvent entraîner une dénutrition. 

Les apports en protéines doivent être adaptés au besoin de chaque patient et être fractionnés sur l’ensemble de la journée. Les protéines d’origine végétale produisent autant d’urée que les protéines d’origine animale

 

Le calcium et la vitamine D…

L’insuffisance rénale diminue l’activation de la vitamine D qui influence l’absorption intestinale du calcium.

Selon le taux sanguin, la vitamine D est donnée en supplément médicamenteux.

Le calcium est apporté par les produits laitiers (3 par jour) et certaines eaux de boisson.

Les oedèmes

Ils peuvent apparaitre aux stades 4 et 5, lorsque l’élimination du sel est diminuée

S’il n’y a pas d’insuffisance cardiaque associée, l’alimentation sera normale (6 à 8 g de sel par jour), en évitant l’excès de sel comme le régime sans sel strict qui joue défavorablement sur l’appétit.

Boire à sa soif, sans se forcer.

Boire plus, ne sera conseillé que s’il y a besoin de diluer les urines, en cas d’infections et/ou de calculs urinaires.

 

La diététique du patient insuffisant rénal chronique nécessite de connaître certains paramètres biologiques pour être adaptée sans restriction abusive.

L’accompagnement par un diététicien doit permettre de pouvoir tenir compte des adaptations nécessaires sans oublier le plaisir de manger et la convivialité.